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Ce sera sans nous

il y a 14 heures
3 min de lecture

Cela n'aura échappé à personne : la France va mal, et le patrimoine français aussi.

Les images des pillages et des dégradations de ce week-end sont insupportables et ont profondément choqué une grande majorité d’entre nous, que ce soit la destruction de la mairie de Limoges, celle de l’office de tourisme de Lyon, du Château de la Blotterie à Joué-lès-Tours, sans parler des innombrables dégradations que l’on a encore fait subir aux statues de la capitale et d’ailleurs. 


Vous avez d’ailleurs été nombreux à nous identifier dans certaines publications, notamment concernant la mairie de Limoges, en nous demandant d'intervenir.

Nous ne le ferons pas.


Pardon si nous vous décevons, mais Urgences Patrimoine n'a pas vocation à se substituer à l'État et à pallier ses manquements. Il appartient aux pouvoirs publics, aux assureurs et aux responsables de ces dégradations d'en assumer les conséquences, et non à notre association et à ses soutiens.


Notre combat est ailleurs.


Il consiste à défendre ces petits édifices non protégés, ces grands oubliés de notre patrimoine de proximité, menacés de démolition par des élus qui méprisent notre patrimoine commun et, plus généralement, tous les témoins de notre culture, un peu à l’image des casseurs de ce week-end, mais eux le font en toute impunité, et il n’y a quasiment que nous pour tenter de les en empêcher.


C'est bien contre ces élus que nous nous mobilisons depuis bientôt treize ans, avec la conviction que chaque édifice mérite au moins qu'on lui donne une chance de survivre et d'avoir un avenir.


Tous les édifices mutilés ce week-end se relèveront, ce qui n’est pas le cas de ceux disparus par la seule volonté publique. Car, à la différence des casseurs qui s’en sont pris à notre patrimoine ce week-end, les élus démolisseurs ne risquent aucune sanction, même si, j’en conviens, nous pouvons émettre des doutes quant aux sanctions encourues par les véritables casseurs. Ce qu’il y a d’ailleurs de plus drôle, c’est que l’on nous a condamnés à payer la somme de 3 000 euros  pour avoir tenté de sauver la dernière ferme XVIIIe de Dieppe, alors que la majorité de ceux qui bordélisent le pays s’en sort avec 24 heures de garde à vue.


Peu importe, notre rôle n’est pas de juger les manquements de l’État en ce qui concerne la protection des biens et des personnes. Notre rôle est de rappeler aux élus démolisseurs que le patrimoine ne leur appartient pas, mais qu’il appartient à tous les Français.


En tout cas, une chose est certaine, nous n'aurons pas d'autre choix que de saisir de plus en plus la justice pour défendre le patrimoine non protégé. Les recours sont devenus une part importante de notre action, même si ce n’est pas l’aspect le plus séduisant de la sauvegarde du patrimoine. Tout le monde préfère donner pour la restauration d’un édifice, mais pour le défendre contre les pelleteuses, c’est autre chose.

C’est pour cette raison que, si vous souhaitez contribuer à la sauvegarde du patrimoine oublié et menacé, chaque geste que vous ferez en faveur de nos actions sera un geste de résistance contre tous ceux qui mutilent, en toute impunité, la face de notre pays.

Pour plus de transparence, et afin que chacun d’entre vous puisse connaître les sommes collectées, nous venons de créer une cagnotte participative destinée au financement de nos actions en justice pour ceux qui souhaiteraient défiscaliser encore quelques sous en cette fin d’année.


Merci à tous ceux qui nous permettront de continuer à agir.


Vive le Patrimoine !

Vive la France !



Alexandra Sobczak-Romanski



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